Mai 2018 : Fête du travail au cinéma

Chris Marker
et les groupes Medvedkine

Les films

L’histoire des Groupes Medvedkine prend place entre Besançon et Sochaux, de 1967 à 1973. Ces communes ouvrières ont une particularité : leurs luttes sociales, de plus en plus nombreuses dans les années 1960, qui s’accompagnent de revendications culturelles. Et ceci grâce à l’action du Centre Culturel Populaire de Palentes-les-Orchamps (CCPO), créé en 1959 à l’initiative de Pol Cèbe, ouvrier et militant. Les ouvriers découvrent ainsi, via leurs réseaux indépendants, des films anticolonialistes, engagés à gauche, habituellement censurés dans les salles officielles.

En 1967, alors qu’éclate une grève à Besançon, Pol Cèbe contacte naturellement Chris Marker pour donner une visibilité aux actions ouvrières. Le documentaire « À bientôt j’espère« , tourné avec Mario Marret, et monté par Chris Marker, naît de cette rencontre. La caméra sort de l’usine et investit les foyers ouvriers. Par ce procédé, elle cherche à capter la place tentaculaire du travail au sein du quotidien, et à rendre raison des revendications ouvrières qui concernent non seulement les conditions de travail, mais aussi plus largement, les conditions de vie.

Cependant, les travailleurs n’apprécient pas le résultat final. Selon eux, le film délivre une vision mélancolique de leur existence, et ne laisse pas assez de place à la lutte. Sous l’impulsion de la CCPO, portés par l’idée fondamentale de laisser les populations opprimées parler pour elles-mêmes, Chris Marker et d’autres cinéastes décident de fournir aux ouvriers de Besançon les moyens de leur expression. Des professionnels du cinéma forment des ouvriers sur place, et ces derniers reçoivent du matériel de tournage et de montage : les groupes Medvedkine sont nés. A la manière des agit-films du cinéma soviétique, cinéastes et travailleurs s’entremêlent pour créer ensemble.

« Classe de lutte » (1969) est le résultat de cette rencontre. Les ouvriers tournent, enregistrent et montent le documentaire. Celui-ci montre la trajectoire d’une femme, Suzanne, aperçue dans « À bientôt j’espère », qui décide de transformer l’impact que le travail a sur son quotidien à travers deux formes de lutte : le cinéma et le syndicalisme. Suzanne ne cesse de le marteler : les ouvriers doivent s’approprier la culture, et fabriquer de nouvelles formes de représentation qui leur appartiennent. Lutte syndicale et création esthétique fonctionnent ainsi main dans la main.

Table ronde

En poursuivant les pistes de réflexion proposées par les deux films, et à l’occasion de la Fête du Travail, une table ronde se tiendra à l’issue de la projection sur le thème: “Travail: quotidien et mobilisation”.

Il s’agira d’interroger la confusion de plus en plus manifeste entre travail et quotidien, et les manières possibles d’y répondre: militantisme syndical, militantisme esthétique, actions légales, etc. Alors que les luttes sociales n’en finissent pas de (re)fleurir en ce printemps 2018, et que la frontière entre vie quotidienne et professionnelle se fait de plus en plus floue, les thèmes abordés par les groupes Medvedkine retrouvent une grande actualité.

Laisser un commentaire