Pasolini et le fascisme : Théorème

Théorème

En 1968, Théorème poursuit le tournant esthétique entamé par Pasolini à partir d’Œdipe Roi, sorti l’année précédente. Abandonnant le petit peuple romain, aux reflets néoréalistes, représenté dans Accattone (1961) et Mamma Roma (1962), Théorème nous fait passer de l’autre côté du miroir, dans le monde de la bourgeoisie et des patrons d’usine. C’est toute la narration qui en est transformée : loin du style fluide de ses films populaires, loin de la chaleur des dialectes de Rome, Pasolini nous présente cet univers bourgeois à travers la loi glaciale et implacable d’une formule mathématique, appliquée au réel sans raison apparente.

L’arrivée d’un jeune visiteur bouleverse le quotidien d’une famille aisée. Il exerce un étrange pouvoir de fascination sur tous ses membres, de la bonne, Émilia, au père, Paolo, patron d’usine, en passant par la mère, Lucia et les deux enfants, Pietro et Odetta. Sa présence dans la belle demeure familiale provoque, sous l’effet d’une loi aussi mystique que systématique, le renversement physique et moral de chacun de ses habitants. Sous le poids silencieux de son regard, les conventions bourgeoises s’effondrent, laissant apparaître des êtres à nus, abandonnés à la puissance retrouvée de leurs instincts. Les personnages sont propulsés hors de la raison et du langage, dans le cri, le silence ou la sensualité exacerbée. Face à la rationalité conquérante du monde des années 1960, Pasolini fait jaillir le sacré, le miracle, l’événement sans cause.

Mais cet activisme cinématographique, refusant le déroulement linéaire et causal de la narration au profit d’une loi formelle qui semble s’appliquer de l’extérieur au récit, soumettant les représentations bourgeoises à sa logique implacable, s’avèrera en fin de compte tout à fait vain pour Pasolini. En 1975, quelques semaines avant sa mort, dans un article intitulé « Mon Accatone à la télévision après le génocide », il annonce la victoire du mode de vie bourgeois et l’extermination des cultures populaires, dont la richesse est mesure de leur diversité. De cette position découle le parallèle souvent effectué dans les écrits et les films de Pasolini, non sans violence, entre la bourgeoisie et le fascisme, parallèle que nous tâcherons d’explorer à la suite du film.

Le film sera projeté en 35mm.

 

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Pasolini et le fascisme : présentation et lectures

À travers une présentation d’Anne-Violaine Houcke, maître de conférence en études cinématographiques à l’Université Paris X Nanterre, auteure d’une thèse sur la « poétique des ruines dans l’œuvre de Pier Paolo Pasolini », nous serons amenés à réfléchir sur la représentation de la bourgeoisie dans les films et les écrits de Pasolini, et partant, à sa lecture du fascisme dans l’Europe des années 60. L’exploration de ces positionnements idéologiques nous permettra de mettre en relief la proposition esthétique inédite de Théorème.
À cette occasion, May Royer, élève à l’East 15 Acting School de Londres, fera épisodiquement émerger la voix de Pasolini, au travers de lectures empruntant à tous les genres littéraires pratiqués par le cinéaste (poésie, théâtre, essai…).

La présentation et la discussion auront lieu dans le salon, au premier étage du cinéma. Un bar sera mis à votre disposition.

 

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Informations pratiques

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Date : Mardi 18 décembre – 20h

Lieu : Luminor Hotel-de-Ville – 20 rue du Temple 75004 Paris

Tarifs :
Adhérents* : 6 euros
Adhérents tarif réduit* : 5 euros
Tarif normal : 9,5 euros
Tarif réduit : 7,5 euros

 

*L’adhésion pourra être effectuée lors de la première séance – prévoir un chéquier ou de la monnaie
Tarif normal : 20 euros pour l’année
Tarif réduit (étudiants, demandeurs d’emploi, intermittents du spectacle) : 10 euros pour l’année

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